Comme chaque année, le 14 juin 2021 a eu lieu la Journée Mondiale du Don de Sang organisée par l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) et célébrée dans plus de 190 pays. Cette manifestation permet de remercier les donneurs de sang volontaires, bénévoles, du geste qu’ils font en donnant leur sang, et de sensibiliser l’opinion à la nécessité de dons de sang réguliers pour assurer la qualité, la sécurité et la disponibilité de sang et de produits sanguins pour les patients qui en ont besoin.
Notre association des Donneurs de Sang Bénévoles organisera La Journée Mondiale du Don de Sang 2022  le 14 juin à Annœullin (lieu à déterminer) mais nous aurons l’occasion d’en reparler.

Mais au fait, savez vous pourquoi cette date du 14 juin a été choisie pour fêter l’évènement.

Cette date correspond au jour de naissance d’un des plus grands scientifiques ayant contribué à des avancées biomédicales majeures décisives et à l’histoire de la transfusion sanguine : Karl Lansteiner.

Biographie

1 – Une jeunesse viennoise (1808 à 1901)

Karl Landsteiner naît le 14 juin 1868 à Baden (Autriche-Hongrie) charmante station thermale et touristique au sud de Vienne, dans le vignoble, en lisière orientale de la forêt viennoise. Mayerling n’est pas loin, où en 1889 l’archiduc Rodolphe, fils unique de l’empereur François-Joseph, mettra fin à ses jours après avoir tué sa jeune maîtresse.

Karl est le premier et unique enfant de Léopold Landsteiner (1817-1875), journaliste  renommé et éditeur de revues, ainsi que juriste et de Franziska «  Fanni  » Hess (1837-1908). Les époux Landsteiner appartiennent à la bourgeoisie juive aisée de Vienne.

A l’âge de six ans son père décède et Karl reste seul avec sa mère qui l’élèvera de manière fusionnelle

Après de solides études secondaires Karl obtient en juillet 1885, la « Matura  », équivalent de notre baccalauréat, avec des appréciations élogieuses en sciences naturelles, physique et mathématiques.

À l’automne 1885 il entre à la faculté de médecine de l’université de Vienne, où il suit l’enseignement de maîtres souvent prestigieux et devient docteur en médecine  le 21 février 1891.

Sa formation postdoctorale est originale, déjà caractéristique de sa carrière future, car elle comporte peu de stages mais de longs séjours dans des laboratoires de chimie renommés qui vont lui donner une solide formation en chimie médicale. Landsteiner se détourne de la médecine clinique, qu’il n’exercera jamais, et affirme son intérêt pour la recherche en biologie humaine, qu’il entend pratiquer en chimiste.

A partir de 1894 l’expérience de Karl Landsteiner s’enrichit : il travaille pendant un an avec le chirurgien Eduard Albert puis à l’Institut d’hygiène en tant qu’assistant du scientifique autrichien Max von Gruber.

De 1899 à 1907 il fait partie du Département d’anatomie pathologique où il est engagé pour faire des autopsies : il en réalisera plus de 3600 !

2 – Une vie consacrée à la recherche sur le sang (1901-1943)

Entre 1901 et 1903 il découvre les groupes sanguins par la réaction d’hémagglutination. Landsteiner avait constaté qu’une réaction semblable pouvait survenir, mais ne survenait pas toujours, quand on mélangeait le sang de deux humains différents.

Landsteiner crée en 1909 le système ABO, système moderne de classification des groupes sanguins, bien connus maintenant sous le nom de groupes sanguins A, B, AB et O et montre que la transfusion sanguine est sans risque chez des personnes possédant un sang du même groupe. Il doit encore établir que ces groupes sont génétiquement définis et établir l’origine de la réaction d’agglutination.

En 1916, il épouse Helen Wlasto et se convertit à cette occasion au catholicisme. Le couple aura un fils baptisé Ernst Karl le 8 avril 1917 qui deviendra chirurgien.

À la suite de la Première Guerre mondiale, il s’expatrie à La Haye aux Pays-Bas en 1919 à cause des mauvaises conditions de travail en Autriche.

En 1923, il rejoint l’Institut Rockefeller à New York où il restera toute sa vie (même après sa retraite en 1939).

En 1929, il devient citoyen américain.

En 1930, il est lauréat du prix Nobel de physiologie ou médecine  pour sa découverte des groupes sanguins chez l’humain.

En juin 1939, à 71  ans, Landsteiner quitte définitivement son poste à l’institut Rockefeller mais il garde à disposition un petit laboratoire où il continue ses recherches.

En 1940, en collaboration avec Alexander Wiener, il identifie le facteur Rhésus (du nom du singe macaque ayant servi à l’expérimentation) responsable de la maladie hémolytique du nouveau-né et permettant d’expliquer et d’éviter les accidents qui se déroulaient lors des transfusions.

Le 29 mars 1941, Landsteiner devient membre étranger de la Royal Society, l’équivalent britannique de l’Académie des Sciences française.

Le 24 juin 1943, alors qu’il travaille dans son laboratoire, il est victime d’un angor aigu (angine de poitrine).

Deux jours plus tard, le 26 juin 1943, il décède à l’hôpital. Son épouse et lui sont enterrés côte à côte sous une simple pierre tombale dans un cimetière de l’île de Nantucket au large de La Nouvelle Angleterre.

3 – Bilan d’une vie

Karl Landsteiner est, sans conteste, le « père-fondateur » des groupes sanguins.

Pourtant, le personnage prend une stature titanesque lorsqu’on connaît ses contributions décisives à plusieurs autres avancées biomédicales majeures :

  • Dès 1906, Landsteiner démontre que l’on peut utiliser comme antigène, pour la réaction de Wassermann, non seulement des extraits d’organes syphilitiques, mais aussi un extrait de cœur bovin. Il trouve une nouvelle méthode microscopique (éclairage sur fond noir) pour prouver que le Treponema pallidum est bien l’agent de la syphilis.
    Il démontre que les gommes syphilitiques sont aussi infectieuses et, avec E. Finger, il parvient à reproduire chez le singe les symptômes de la maladie.
  • En 1906, Landsteiner fait d’importants travaux en collaboration avec Constantin Levaditi de l’Institut Pasteur à Paris sur la poliomyélite et découvre le poliovirus en réussissant à transmettre la poliomyélite humaine au singe.
  • En 1921, Landsteiner comprend que les molécules des groupes sanguins sont des sucres et à partir de cette constatation il introduit la chimie dans l’immunologie avec la mise au point des antigènes de synthèse, encore appelés haptènes, qui ont permis l’essor de larges pans de l’immunologie.
  • En 1937, à New York, en collaboration avec la bactériologiste Clara Nigg, Landsteiner fait d’importants travaux sur le typhus.
  • Dans ses dernières années américaines et en collaboration avec l’immunologiste Merrill Wallace Chase, Landsteiner consacre d’admirables travaux à l’étude des phénomènes d’allergie cutanée et d’anaphylaxie, qui font de lui un des grands défricheurs du vaste domaine de l’allergie et des mécanismes immunitaires d’hypersensibilité.

Sources bibliographiques