Depuis le 20 mars 2023, le dépistage de l’hépatite E est systématiquement réalisé sur tous les dons de sang.

On estime en effet à 1500 le nombre de cas positifs détectés annuellement en France.

1 donneur sur 4 l’a contractée dans sa vie sans avoir de symptômes et le risque transfusionnel est particulièrement élevé en France.

Qu’est-ce que l’hépatite E ?

L’hépatite E est une maladie du foie qui survient après une infection par le virus de l’hépatite E (VHE).

On trouve le virus dans le monde entier sous deux formes :

  • Endémique dans les pays à faible revenus (Afrique, Asie)
  • Sporadique dans les pays européens. Les hommes de plus de 55 ans sont souvent les plus contaminés

Comment se transmet le virus de l’hépatite E (VHE) ?

Plusieurs modes de transmissions peuvent intervenir :

  • Par voie féco-orale via contact avec de la matière fécale ou la consommation d’eau contaminée ou souillée (pays pauvres)
  • Par consommation de viandes (ou produits dérivés) mal cuites ou de viandes sauvages (charcuterie de sanglier ou de cochon sauvage) ou utilisation de foies d’animaux pour confection de charcuteries et de préparations non cuites. C‘est pourquoi ces produits sont contre-indiqués pour la femme enceinte car elle peut transmettre le virus au fœtus qu’elle porte pouvant aller au décès de l’enfant et de la mère si l’hépatite est fulminante (aigüe grave).
  • Par contact direct ou indirect avec des animaux vivants ou leurs carcasses : chasseurs, personnes travaillant dans les abattoirs, éleveurs, vétérinaires.

Quels sont les principaux symptômes ?

  • Chez les enfants, l’hépatite E passe souvent inaperçue
  • Chez les adolescents et les adultes elle est souvent asymptomatique
  • Chez les immunodéprimés et les femmes enceintes elle peut être fulminante avec une mortalité pouvant aller jusqu’à 20% chez ces dernières en cas d’infection au dernier trimestre de grossesse.
  • Des symptômes peuvent apparaître après une période d’incubation pouvant aller de 1 à 8 semaines : jaunisse, fièvre, démangeaisons, nausées, vomissements, douleurs abdominales et/ou articulaires et/ou augmentation de la fatigue.

Comment est effectué le diagnostic ?

La détection d’immunoglobulines spécifiques de type IgM (anticorps) ou bien du génome viral permet de diagnostiquer l’hépatite E.

Quels sont les traitements ?

La plupart du temps l’hépatite E n’est pas traitée car elle régresse spontanément d’elle-même grâce à la mise en place par la personne infectée d’une réponse immunologique associée au développement d’anticorps.

Si l’hépatite E est fulminante, une hospitalisation est nécessaire et cela peut nécessiter une transplantation hépatique d’urgence pour éviter le décès.

Comment se prémunir du virus de l’hépatite E ?

  • Par une hygiène individuelle: lavage des mains, limitation de consommation de viande crue ou insuffisamment cuite (le porc doit cuire au moins 20 minutes à une température interne d’au moins 71°C pour inactiver complètement le virus)
  • Par une hygiène collective: approvisionnement des réseaux d’eau avec une eau exempte d’éléments pathogènes, système efficace de traitement des eaux usées

VHE et don de sang

  • Epidémiologie de l’infection en France

Ces dernières années, des études ont été menées pour rechercher des anticorps (Immunoglobulines IgG).

En effet, les anticorps étant un signe de guérison, si une personne en possède cela signifie qu’elle a été au moins une fois en contact avec le virus. Par contre cela ne présage de rien de la date d’infection.

En 2011, un donneur sur 4 avait rencontré le VHE dans sa vie sans avoir de symptômes.

On a  même observé un taux supérieur à 85% en PACA et Corse et dans une partie de la Lorraine. Cela s’explique par la forte consommation de charcuteries à base de porc noir et de saucisses de foie cru de porc.

Ce taux augmente avec l’âge du donneur.

  • Le risque transfusionnel

La transmission transfusionnelle a été démontrée dans de nombreux pays occidentaux, dont la France, et tous les produits sanguins labiles (globules rouges, plaquettes, plasma) sont incriminés.

Le risque est élevé chez le receveur immunodéprimé ou présentant une hépatopathie sous-jacente de développer une hépatite chronique ou d’être atteint par une hépatite fulminante ou d’être atteint d’une décompensation (aggravation brutale)

  • Dépistage du VHE dans les dons de sang

Depuis le 20 mars 2023, le dépistage génomique du VHE est systématisé sur tous les dons de sang.

  • Gestion des donneurs testés positifs au VHE
    • Les donneurs testés positifs sont informés de l’infection par courrier spécifique adressé par l’EFS et sont invités à consulter leur médecin traitant ou à prendre contact avec l’EFS.
    • Des mesures d’hygiène sont également recommandées pour prévenir une contamination de l’entourage due à l’excrétion virale dans les selles
    • Exclusion des donneurs testés positifs au dépistage génomique viral du VHE ou ayant effectué un voyage dans une zone endémique pour une période de 120 jours.
    • Les personnes vivant sous le même toit qu’un cas VHE positif sont aussi ajournées pour une période de 120 jours
    • Lors du retour au don après cette période d’ajournement le don sera à nouveau soumis au dépistage génomique du VHE
  • Identification des facteurs de risque chez les donneurs dépistés positifs

Afin d’identifier les facteurs de risque auprès de la population des donneurs, un questionnaire classique d’épidémiologie élaboré par Santé Publique France doit être complété par le donneur dépisté positif et retourné par courrier avec une enveloppe pré-timbrée.

A travers ce questionnaire, Santé Publique France pourra identifier les différents cas de contamination, mieux connaître les infections aigües par l’hépatite E dans la population française et en suivre les indicateurs.

Source : revue DSB (« Le donneur de Sang Bénévole ») N°113-Mars 2023